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RudisSylvaWatch

Sur les traces de la compétence horlogère

Le 17 novembre 1384, Imier avait fini par céder. Il était tard, il avait entendu et surtout il avait écouté.

Ecouté la plaidoirie acharnée de Ruedin, Jean de son prénom, venu tout droit de Cressier – Le Landeron, des bords du lac de Neuchâtel, pour solliciter une franchise d’impôts pour tous ceux qui s’attelleraient à défricher la montagne des bois.

Une montagne, ou plutôt un vaste plateau sis à 1000 mètres d’altitude où régnaient de robustes sapins  que personne jusqu’ici n’avait osé braver.

Le roi des forêts siégeait sur les hauteurs et aucun outil ou huile de coude n’avait jusqu’alors pu prétendre à son trône. Le sapin était maître, il était seigneur du pâturage, berceau du loup et du renard, parade aux vents et aux précipitations. Le sapin régnait et nul ne s’était risqué à contester sa suprématie sur les hauts plateaux jurassiens.

Mais Jean Ruedin et ses  amis avaient eu raison des diktats de l’évêché de Bâle. Imier de Ramstein, Prince-Evêque de ce vaste fief, avait accordé une totale franchise d’impôts aux colons du royaume du sapin.

Le printemps venu, Jean Ruedin s’en fut braver les résidus neigeux du haut plateau.
Armé de haches et de scies, l’aventurier établit son camp sur les pentes du Doubs, une rivière furibonde qui s’émancipait au fond d’un « canyon » de 400 mètres de profondeur.

Mordus par les crocs de la scie, ou léchés puis dévorés par les feux en furie, les sapins s’étaient inclinés face à la hardiesse de l’homme venu du bas.
Les larges troncs servirent à construire des bâtisses qui abritèrent les premiers habitants des hautes terres jurassiennes baptisées Les Bois, Le Noir-Mont, Les Breuleux ou même Les Enfers.

Imier n’y avait à coup sûr pas songé, mais son décret allait conduire ce patrimoine d’altitude vers de somptueuses croisades : la conquête du savoir-faire horloger.

Naquit alors La Franche Montagne.

Rudis Sylva : De Jean Ruedin et de Sylva, en latin la forêt. Rudis Sylva est devenu Les Bois